Cette installation in-situ se déploie autour d’un bâtiment désaffecté de l’ancien hôpital Saint Vincent de Paul à Paris, aux Grands Voisins. L’hôpital n’accueille plus de patients et le public n’est pas autorisé à entrer dans les étages, seuls points de départ de ces lignes qui traversent les fenêtres. Utilisant des bandes Velpeau cousues entre elles, ce matériel médical passe de l’intérieur à l’extérieur, s’arrime aux mobiliers urbains pour tenir et revenir vers le bâtiment, comme un tracé sans levé de crayons, un fil sans coupures.

Le doute sur l’origine et la signification de cette présence insolite, le rappel du temps révolu de l’hôpital et de ses usagers, l’évocation d’une activité cachée dans le reste du bâtiment, produisent un sentiment d’étrangeté, sinon d’inquiétude. Zéro de conduite fait énigme, avec une légèreté apparente du dispositif : flottant au vent silencieusement les bandes accrochent désespérément le corps du bâtiment comme un bateau au port. Lâches, courbées sous leur propre poids, elles s’affaissent progressivement avec le temps, s’alourdissent mollement, attendent dans le vide.

Le titre prend sa source dans l’œuvre cinématographique de Jean Vigo, évoquant une possible rébellion, un jeu des derniers patients ou personnels de l’hôpital. Il rappelle le caractère concentrationnaire et disciplinaire de l’institution hospitalière, les liens tissés vers l’extérieur, comme les mythiques draps noués pour s’évader d’une prison, sont un appel. Indiscipliné, Zéro de conduite manifeste un dernier geste vital et dérisoire dans les parties abandonnées de l’hôpital, comme un dernier cri avant la destruction totale du bâtiment, un dernier cri avant la mort.

Zéro de conduite, installation in-situ, bandes Velpeau, 420 mètres, 2017.

Viens mais ne viens pas quand je serai seule, exposition collective, Galerie Ygrec, Les Grands Voisins - ancien hôpital Saint-Vincent de Paul.
Commissariat: Théo Robin-Langlois